Paris- Montpellier (VTT)

Avant propos :

 

Cette idée d’aller de Paris à Montpellier (ou plus précisément de Bougival à Palavas-Les-Flots) en VTT m’est venue un an avant sa concrétisation. J’étais dans les Causses lozériens pour 4 jours VTT que j’avais organisés pour mes copains de mon club VTT de La Celle St-Cloud. L’objectif était là aussi le sud puisqu’il fallait rejoindre St-Guilhem le Désert depuis La Canourgue en VTT et en voiture. Je me suis mis alors à penser à un défi un peu plus ambitieux avec toujours cet objectif de descendre vers le sud, région de mon enfance. L’idée s’est ensuite précisée lorsque j’ai vu sur une carte des GR de France qu’il était possible de joindre Paris à Montpellier en suivant les GR 13, 3 puis 70. Il restait alors à voir si j’en étais capable et de trouver éventuellement un compagnon d’aventure.

Pour me tester, la semaine fédérale de la FFCT à Quimper en août 2002 fut une bonne occasion avec des randonnées VTT à la journée tous les jours de la semaine. L’entraînement hebdomadaire que je pratique depuis des années suffira largement pour la condition physique requise. Il sera juste un peu plus poussé dans les 2 derniers mois avant le départ. De toute façon, je commence à avoir une petite expérience de ce genre de raids (Montpellier Toulouse, Traversée du Morvan, 2 tours dans les Causses,...) mais il est vrai que je n’en ai jamais fait d’aussi longs

Mon compagnon d’aventure sera assez facilement trouvé parmi mon ancien club VTT de Cléon en Seine-Maritime. Célibataire comme moi, il peut se libérer sans problèmes pour 15 jours et il possède une très bonne condition physique.

 

Événement non lié, mais qui me confortera profondément sur la possibilité de réaliser sans trop de difficultés ce défi, l’achat en novembre d’un nouveau vélo, un superbe Lapierre X-Ctrl E-Lite, vélo dont je rêvais depuis plus d’un an. Les changements sont importants par rapport à mon vieux Grisley Team Line : suspension intégrale, freins à disques hydrauliques et 27 vitesses. En utilisation, mes performances sont nettement meilleures : meilleure accroche en montée, plus de stabilité et de sécurité en descente et meilleur confort qui fait que je suis rarement fatigué malgré des sorties de plus de 60 km parfois.

 

Les derniers points restant à définir était la période idéale et la durée prévisible de ce raid. Afin d’éviter la chaleur et les orages d’été et d’éviter aussi les pluies et les terrains détrempés du Printemps, mon choix s’est porté sur la fin Mai-début juin. À force de lire les cartes du circuit, j’ai défini la durée prévisible de ce raid à 14 jours, à raison de 65 km en moyenne par jour (50km lorsqu’il y aura beaucoup de dénivelé et 100km pour les portions plates). Avec les ponts de la Pentecôte et de l’Ascension, en posant 8 jours de congés, j’ai donc le droit à 17 jours au total, ce qui laisse de la marge pour un peu de repos en cours de route, à l’arrivée à Montpellier et pour le retour en TGV, le dernier jour.

 

Préparatifs :

 

La première étape dans les préparatifs a été l’achat des cartes et topo-guides nécessaires. Ce sujet, au départ m’inquiétait un peu, car je savais que le GR 3 que l’on doit suivre sur près de 500 km n’est pas décrit dans un topo-guide et je me voyais mal acheter des dizaines et des dizaines de cartes IGN au 25000ème. J’ai trouvé la solution à ce problème à l’IGN, rue de la Boétie, à 2 pas des Champs-Élysées. Des cartes au 100000ème (1cm = 1 km) existent et montrent clairement le tracé des GR et des principaux chemins. C’est certes un niveau de détail un peu léger lorsqu’on est perdu en pleine campagne mais les GR sont en principe bien balisés et on pourra toujours se rabattre s'il faut sur les routes locales ou suivre les indications des gens du coin.

Avec donc seulement 5 cartes (n° 21, 28, 36, 43 et 50 de la série Top100), j’ai donc le tracé de Paris jusqu’au Puy en Velay. Du Puy jusqu’à St-Jean du Gard, j’aurais le topo-guide du GR70, le fameux chemin de Stevenson. De St-Jean du Gard à Montpellier, comme il n’y a pas de GR et que l’on sera, je pense, pressé d’arriver, on prendra la route en suivant les quelques indications de direction que j’aurais notées auparavant. Ca me fera une carte de moins à porter ! J’avais pensé envoyer par la poste aux gîtes où l’on pensait s’arrêter les cartes nécessaires à la suite du raid afin de s’alléger un peu. Finalement, je n’ai pas suivi cette idée et je pense d’ailleurs avoir bien fait, car la France était à ce moment-là plus une moins paralysée par les grèves contre les projets de réforme des retraites. Une lettre envoyée juste avant mon départ à destination de Montpellier n’était toujours pas arrivée après notre arrivée soit 15 jours après.

En fait, la solution pour m’alléger un peu au fil de notre avancée, fût d’envoyer par la poste à ma mère les cartes au fur et à mesure qu’elles devenaient inutiles. Je pensais que cela amuserait aussi ma mère de voir ainsi notre avancement. Malheureusement, à cause de ces fameuses grèves, mes 3 envois de cartes arriveront après nous à destination.

 

Pour nos repas et nos nuits, le choix était de dormir dans des gîtes d’étapes, y prendre les petits-déjeuner et repas du soir, ou à défaut dans des restaurants ou bars de proximité et de se faire des pique-niques à midi en achetant le nécessaire le jour même ou la veille. Un livre m’aura bien aidé pour lister les gîtes où nous pourrions faire étape. Il s’agit de « Gîtes d’étapes et refuges » de Annick et Serge MOURARET. Cette période de fin Mai-début juin étant plutôt calme, j’ai fait la plupart des réservations que quelques jours à l’avance. 2 ou 3 fois, j’ai eu la mauvaise surprise de savoir des gîtes déjà pleins, mais nous avons toujours eu des possibilités de secours dans les environs proches.

 

Autre point important : notre chargement et notre façon de le porter. L’objectif était clairement de porter le moins de choses mais d’avoir le minimum de confort, de prévoir d’éventuelles intempéries, casses mécaniques et problèmes de santé. Une partie du matériel sera répartie entre nous deux comme la trousse de réparation et la trousse à pharmacie mais sur ce point il aurait était préférable d’être plus nombreux pour répartir encore plus ce chargement supplémentaire. De part ma petite expérience, mon choix était de proscrire les sacoches et plutôt de répartir les charges dans un sac à dos moyen, une sacoche de potence et un petit porte-bagages pour ce qui est volumineux. J’aurais en plus une sacoche de cadre pour le matériel de réparation. (L’inconvénient est, qu’en multipliant le nombre de sacoches, leur propre poids additionné commence à ce chiffrer en kilos.) Mon vélo étant tout suspendu mon porte-bagages fixé au tube de selle est limité à une charge légère (duvet, baskets et pneu de rechange). Le VTT de Philippe étant rigide, un porte-bagages classique lui permettra d’avoir moins de poids dans le sac à dos mais au détriment du confort sur les chemins cassants. De toute évidence, nous étions de toute façon encore un peu trop chargé, notamment Philippe qui ne l’avoua qu’une fois arrivé. Pour ma part, j’aurais peut-être pu remplacer le sac de couchage, bien que léger, par un sac à viande, supprimer le rasoir et le gros cadenas qui n’aura pas servi à grand-chose.

 

Il fallait enfin s’assurer que nous pouvions rouler dans ces conditions sans problèmes. J’avais donc convenu à Philippe, le week-end précédant le départ, de venir participer à une randonnée de 60 km en Vallée de Chevreuse et de la réaliser dans les conditions réelles de notre raid. Même si en fait, nous n’étions pas encore tout à fait dans ces conditions réelles, je fus agréablement surpris de voir que nous n’étions pas trop gênés et que nous avions tous les deux la forme malgré la météo de ce jour franchement pluvieux. C’est avec plaisir que nous expliquions aux personnes croisées l’objet de notre chargement pour cette petite randonnée. Les encouragements et les vœux de bonnes chances de ces personnes nous avaient fait très plaisir.

La semaine suivante, je donnais mon vélo aux Cycles Jacky à Rambouillet pour une bonne révision et pour l’achat de pièces de rechange (rayons, patte arrière, disque de frein et plaquettes, osselet des manettes de frein). Philippe, rechignant à faire une révision de son vélo, se limita à faire changer préventivement sa roue libre. Nous allons voir dans le récit qui suit ce qu’il en coûte de ne pas partir avec un vélo révisé comme il faut....

 

Samedi 24 Mai 2003 :

Date du départ initialement prévu. Mais les prévisions météos étant tellement mauvaises pour ce jour-là et pour le lendemain, que je préfère reporter notre départ d'un jour. Tant pis, cela nous enlève un jour de marge ou un jour de repos mais je n’ai aucune envie de commencer sous des trombes d’eau d’autant que cette première journée est en principe assez longue et que la traversée de Paris doit être une partie agréable de notre périple.

 

Dimanche 25 Mai 2003 :

C’est aujourd’hui le jour J. Les prévisions ne sont toujours pas très bonnes mais le temps doit s’améliorer dès le lendemain. De toute façon, le temps samedi n’était pas aussi pourri que prévu et je regrette presque de ne pas être parti malgré tout.

Départ à 9h30 de chez moi. Le ciel est gris et il fait frais. Nous faisons nos 1ère photos pour marquer ce départ puis je lance à Philippe « Bon, il faut y aller, nous avons un train à prendre....dans 16 jours ». Par une longue montée sur la route, nous arrivons dans le bois de St-Cucufa, un petit bois que je connais bien pour l’avoir sillonner plusieurs fois à VTT après le boulot. Il est très ludique avec beaucoup de petites montées et descentes techniques. Nous le contournons par la piste cyclable pour ensuite rejoindre notre 1er GR qui descend vers Rueil puis vers St-Cloud. A la passerelle qui relie St-Cloud du Bois de Boulogne, nous stoppons 2 joggers pour une photo avec la tour Eiffel à l’horizon. Par la passerelle, nous entrons dans le bois de Boulogne et croisons tous ces routiers qui tournent en rond autour de Longchamps. Cela nous fait doucement rigoler de les voir ainsi tourner bêtement. Leur intérêt est purement sportif. Le nôtre l’est aussi en partie certes mais pas uniquement : il s’agit surtout de notre moyen de locomotion et notre machine à voyager dans les profondeurs de notre verdoyante France. Ensuite, le long de la piste cyclable du bois de Boulogne, c’est plutôt des joggers du dimanche que nous croisons. Nous remontons une avenue Foch quasiment désertée par les voitures pour déboucher sur l’Arc de Triomphe et les Champs-Élysées. J’interpelle des touristes pour qu’ils nous prennent en photo au milieu des Champs et de la circulation. Philippe souhaitant jeter un oeil à l’Atelier Renault, je le laisse entrer pendant que je garde les vélos. Sa tenue de cycliste fait un peu tiquer les videurs mais c’est surtout son gros sac à dos qu’il faudrait inspecter de fond en comble. Le mieux est donc de le laisser dehors avec les vélos pendant que Philippe jette un oeil aux formules 1. Le bas des Champs est animé par l’exposition des trains anciens et récents de la SNCF. A la Concorde, je constate que bizarrement les quais ne sont pas réservés aujourd’hui, bien que l’on soit un dimanche, aux vélos et rollers. Il nous faut donc prendre la piste cyclable mais nous nous en écarterons vite pour faire un tour rapide devant le Louvre, le Palais Royal et Notre Dame. Je montre à Philippe le point zéro sur le parvis. Une famille typiquement bourgeoise me gène pour prendre une photo de ce point de référence pour toutes les distances entre Paris et toutes les villes de France. Madame explique à ces rejetons que c’est à partir de ce point par exemple que l’on donne la distance entre Paris et Montpellier. Tiens ! C’est amusant ! « C’est justement là où on va » lui dit-on, en espérant qu’elle veille bien se décider à ôter ses pieds pour que je puisse enfin prendre la photo. Notre visite express dans Paris se termine par un passage devant la Grande Bibliothèque avec sa forêt qui a été transportée depuis la Normandie en hélicoptère.

La route devient moins agréable par la suite. Nous quittons Paris et traversons Alforville pour ensuite tomber sur la piste cyclable qui longe la Seine. Elle se transforme par la suite en un petit sentier. Nous faisons notre halte pique-nique à Villeneuve-St-Georges sur un bord de Seine qui ne paraît pas trop désagréable. Nous nous rendons vite compte que nous sommes en plein dans l’axe d’atterrissage des avions sur Orly. Les pauvres gens qui vivent par ici doivent subir ces désagréments avec en plus le passage du RER non loin d’ici. Nous continuons à suivre la Seine jusqu’à Ablon, où il nous faut la traversée au niveau d’une grande écluse. Nous nous perdons un peu dans la base de loisir de Draveil avant de retrouver le GR qui rentre dans la forêt de Sénart. Sa traversée sera accompagnée de l’arrivée de la pluie et même d’une belle averse. Les chemins sont bien boueux et gênent un peu notre progression d’autant qu’avec la multitude de chemins et ma carte peu précise, j’ai un peu de mal à suivre notre tracé. Nous avons déjà l’impression bizarre d’être loin de tout, loin de Paris et des banlieues bruyantes. A la sortie de la forêt, par chance il ne pleut plus. Nous nous retrouvons sur des petites routes du côté de Senart. Sur la carte, j’ai repéré un chemin que nous avons un peu de mal à trouver, car un grand chantier d’aménagement est justement sur ce chemin. Nous nous embarquons donc dans ce chantier sur un chemin avec une boue bien collante. Moi, avec mon vélo avec freins à disques et pas mal de dégagement entre la chaîne et le cadre, je ne suis pas trop gêné. Seules les roues grossissement à vue d’œil et la progression devient de plus en plus délicate. Philippe de son côté à un vélo qui ne supporte pas la boue collante. Tout se bloque et la boue commence à rentrer dans la chaîne et les roulettes de dérailleurs. C’est la grosse galère mais cela me fait plutôt rigoler, car c’est le genre de mésaventure que je recherche inconsciemment et parce que j’estime que cette partie de chemin ne devrait pas être trop longue. En fait la situation est presque grave. Le vélo de Philippe est complètement bloqué. Son moral est à 3/20 et il peste comme ce n'est pas permis pour faire demi-tour alors que cette portion boueuse se termine. Le comble, une de ses roulettes est tombée mais heureusement nous pouvons la remonter, non sans mettre rendu compte que sa vis de fixation était trop courte. Ce chantier est en fait la création de ‘L’Allée Royale de Sénart’. Ce sera peut être chouette une fois terminé, mais là, c’était l’enfer. La décision est prise de finir cette première étape qui devient éprouvante par la route. Nous traversons Melun pour ensuite avaler à bonne allure les 10 km restant jusqu’à Châtelet en Brie où vit la famille du frère aîné de Philippe. En arrivant, nous croyons avoir un super accueil rien que pour nous. En fait, tout le monde était dans la rue pour le départ en voiture d’amis. Mais l’accueil est tout de même bien sympathique avec beaucoup de questions sur notre projet un peu fou. Un lavage des vélos s’impose puis ce sera à notre tour de passer à la douche. Entre temps, le frère de Didier nous montre, le concept de frein ABS pour VTT sur lequel il a travaillé il y a quelques temps. Il s’agit d’un système à patin de type V-Brake mais avec un puissant ressort axial qui est sensé empêcher le blocage de la roue. Intéressant, mais je me demande quelle est sa vraie efficacité. Un excellent et solide dîner nous attend pour clôturer cette première journée longue de près de 105 km.

 

Lundi 26 Mai 2003.

Le départ est un peu tardif mais la journée est prévue pour être un peu plus cool. On profite de l’atelier du frère de Philippe pour améliorer son bricolage qui permet de maintenir sa sacoche sur sa potence. Je m’amuse aussi à peser nos vélos et nos chargements. J’estime mon vélo à 13.2 kg + mes 89 kg + près de 20 kg de chargement (dont 2.5 l d’eau et le pique-nique du jour). C’est lourd, car je porte une bonne part du matériel commun (cadenas, trousse de réparation et de secours, cartes, pneu de rechange) mais je ne m’en plains pas trop, car la répartition du poids est assez bonne.

Nous descendons par la route vers l’entrée de la forêt de Fontainebleau. Le chemin choisi longe la Seine jusqu’à l ‘entrée de Fontainebleau que nous traversons après un arrêt dans une boulangerie et un arrêt photo devant le château. Le GR 13 commence réellement au rond point avec l’obélisque. Le chemin agréable au début, grimpe ensuite un petit moment à travers les rochers. Le coin est superbe mais pas vraiment praticable avec des VTT chargés. Nous perdons ensuite un peu le GR à cause d’un balisage un peu léger et nous nous dirigeons à l’estime vers Recloses, charmant petit village aux portes de la forêt. Après une pause méritée devant l’église, nous continuons un chemin agréable et facile qui nous mène jusqu’au canal du Loing. Nous faisons notre pause pique-nique au bord de l’eau et au milieu des canards dans le joli village de Gretz-sur-Loing. Nous suivons ensuite le Canal du Loing qui traverse Nemours (plus connu pour ma part pour son aire de repos d’autoroute) puis se dirige vers Nargis. Le chemin de halage est très roulant et nous croisons nos premiers vététistes. Philippe me montre un jeu important dans l’axe de sa roue arrière. Pour lui, le réparateur qui lui a changé sa roue libre a mal remonter sa roue. Ce jeu a fortement usé sa chaîne et je me fâche lorsque je le vois forcer comme un malade sur ses pédales dans les montées. Il m’explique qu’il n’arrive pas à passer le petit plateau. Aie ! La réputation de problèmes mécaniques en série de Philippe est en train de devenir réalité. Elle se concrétise quelques mètres plus loin avec une casse de chaîne alors que nous nous dirigions vers la forêt de Férrières-en-Gatinais. Sa chaîne est complètement morte mais il faut bien la réparer pour rejoindre notre Auberge de Jeunesse à Cepoy ce soir et pour aller trouver un réparateur de vélo, le lendemain à Montargis. En réparant, mon dérive chaîne, pourtant un modèle solide, se déforme et se casse en partie. Je suis obligé de demander à un retraité du coin s’il a un étau pour redresser mon dérive-chaîne. Finalement, nous arrivons à réparer et rentrons par la route vers Cepoy situé à 8 km de là. Les responsables de L’AJ étant absent, nous faisons un petit tour dans le village histoire de voir où l’on pourra manger et pour prendre un pot dans un bar. Le seul restaurant étant fermé le lundi soir (ainsi que le dimanche et le mercredi soir !), il nous faut nous replier sur les 2 plats lyophilisés que j’avais prévu et sur d’énormes pâtisseries achetées à la boulangerie. L’AJ est un quasi-château situé au bord du canal du Loing. Avec seulement une dizaine d'occupants pour plus de 100 places, il semble bien vide. Nous avons une petite chambre de 2 lits. Manque de bol, je choisis une douche où je n’arrive pas à avoir d’eau chaude. Après un peu de lessive et notre repas préparé dans la cuisine commune, nous faisons une petite balade digestive sur les bords du canal et observons les quelques péniches stoppées là et un bon groupe d’oies qui se reposent sur la berge.

 

Mardi 27 Mai 2003 :

Après un solide petit-déjeuner préparé par nos hôtes, notre premier objectif est de trouver le vélociste le plus proche. Les gérants de l’AJ, qui au demeurant ne nous ont pas fait payer la carte d’adhésion, nous indique celui de Montargis. Nous y arrivons presque à l’ouverture. Faisant jouer le fait que nous sommes en itinérance, le vélo de Philippe est tout de suite pris en charge : Resserrage de la roue arrière, changement de la chaîne et des roulettes puis après un essai, changement de la cassette 8 vitesses. Philippe, un peu écoeuré de voir son ancienne cassette à la poubelle, demande à la récupérer. Il ne veut pas se résoudre à croire qu’elle a peu de chance d’être réutilisable. Il va donc faire toute la fin de ce périple avec son ancienne cassette ! Il est clair qu’il n’a pas la même notion que moi sur l’ipmortance du poids que l’on trimballe.

Pour finir, le patron précise bien qu’il ne peut pas faire une révision complète alors que le vélo en aurait bien besoin pour la suite de notre périple. Nous achetons aussi un autre dérive chaîne, au cas ou. Nous voilà soulagé. Son vélo tourne comme une horloge. Nous traversons rapidement Montargis en longeant le canal du Loing. Le chemin est toujours aussi plat et nous tenons facilement du 25 km/h de moyenne. Nous faisons un petit crochet dans Montbouy pour faire des courses pour le pique-nique. Le GR quitte ensuite le canal pour s’enfoncer dans le Gâtinais, en pleine campagne, au milieu des champs. Le paysage est grandiose et complètement désertique. A notre surprise, ce coin pullule de faisans et autres volailles sauvages. Pas si sauvage d’ailleurs parfois puisque qu’un faisan s’approche de nous et court à côté de nous. La situation est vraiment très drôle et je n’ai pas trop de mal à l’immortaliser en photos pour chacun de nous deux. Il nous faut accélérer pour pouvoir le distancer.

Par la suite nous verrons assez peu d’animaux : quelques lapins ou lièvres, deux fois des chevreuils, des aigles et autres oiseaux que je ne connais pas.

La fin de cette boucle dans le Gâtinais est moins agréable, le chemin passant dans des endroits humides et peu fréquentés. Nous faisons notre pause pique-nique dans le village Escrignelle et je profite du soleil pour finir de faire sécher notre lessive de la veille. Nous rejoignons ensuite le canal du Briare en direction du pont canal au-dessus de la Loire et de notre jonction vers le GR3 que l’on suivra ensuite jusqu’au Puy en Velay. Nous ne verrons malheureusement pas de bateau traversant la Loire sur ce fameux pont canal, que je ne connaissais que pour l’avoir vu sur un timbre. Le GR suit ensuite le canal latéral de la Loire. Nous faisons une pause à Châtillon-sur-Loire pour un panaché bien mérité   et pour poster la 1ère carte que nous venons de terminer. Cette carte, à cause des grèves, arrivera 11 jours plus tard, soit 1 jour après notre arrivée à Montpellier !

Le GR nous fait passer ensuite par une ancienne écluse pour ensuite continuer jusqu’à Chenevrière. Nous le quittons là, car notre gîte situé à la Grande Borne, hameau de la commune de Sury près Léré, est situé à 8 km à l’intérieur des terres. Nous serons les seuls dans ce grand gîte situé loin de tout. Les vélos sont rangés dans une ancienne écurie et Philippe fait le changement de ses patins de freins qui étaient déjà bien usés depuis le départ. La décoration du gîte n’est vraiment pas à mes goûts et le dortoir est bizarrement séparé par de grands rideaux sensés donner un peu d’intimité à ceux qui veulent. Le repas servi pour nous deux, installés à une table pouvant accueillir au moins 20 personnes, est un peu décevant et pas très local. Peut-être que nos hôtes n’ont pas voulu faire d’efforts pour 2 malheureux cyclistes. La carte de France en relief accrochée au mur de la salle à manger nous permet de bien voir le dénivelé qui va nous attendre dans notre traversée du Massif Central.

Avant de nous coucher, nous faisons notre balade digestive dans le hameau où la seule chose à voir est un élevage de chèvre.

 

Mercredi 28 Mai 2003 :

La journée étant prévue pour être longue, je choisis d’aller rejoindre la Loire par la route puis de continuer de suivre le canal. Nous entrons dans la partie viticole de la Loire avec Sancerre à l’horizon. Le GR quitte le canal pour monter dans les vignobles de Pouilly. Le chemin devient vallonné et nous faisons nos premières vraies montées depuis notre départ. Nous faisons notre halte à Pouilly et décidons, pour changer de nos pique-niques, de se faire un petit repas dans ce petit resto avec terrasse qui n’attend que nous. Le patron d’origine marocaine est bien sympa et j’apprends au fil de la conversation qu’il est de Chatou soit à 3 km à peine de chez moi. Sa famille est restée là-bas, lorsqu’il a repris ce restaurant il y a 3 ans. Certes, nous ne goûterons pas au fameux Pouilly fumé, mais ce repas fut bien bon.

Le pédalier de Philippe se met à craquer sérieusement. La poisse continue. D’autant qu’en suivant les marques du GR, je remarque que l’on ne va pas dans la bonne direction. Tant pis, on prend la route jusqu’à la Charité sur Loire où nous faisons un arrêt dans un garage Citroën pour trouver les outils qui pourraient resserrer l’axe de pédalier de Philippe. Il était bien desserré mais le bruit est toujours présent. Petite discussion sympa avec le patron de ce garage qui ne nous fait pas la gueule en apprenant que l’on travaille chez Renault. Nous retrouvons le GR qui se dirige maintenant vers Nevers à travers la forêt de Bertranges. Nous perdons un peu de temps à trouver de nouveau un vélociste. Finalement, on nous en indique un en plein centre qui effectivement prendra tout de suite le problème en compte en démontant, graissant et resserrant comme il faut l’axe de pédalier. Il prendra même le temps de revoir les réglages de dérailleurs, tout cela pour seulement 15 euros et malgré une queue de client qui grossissait. Nous prenons ensuite un peu le temps de visiter Nevers, en passant devant le palais Ducal et en roulant aussi un peu dans les vieilles rues. Il nous reste alors un peu de route pour rejoindre Imphy, où un foyer de travailleur, ex AJ, nous attend pour la nuit. Nous interrompons le repas de la dame qui doit nous indiquer notre chambre. Comme elle ne trouve pas la clé du local pour y mettre les vélos, elle nous donne les clés de la chambre d’en face pour que l’on puisse les ranger. Après la douche, nous marchons jusqu’au centre ville pour aller manger dans une pizzeria ou nous nous régalerons de lasagnes maison. Comme presque chaque soir, nous faisons une petite séance d’étirements avant de nous coucher. La dernière formalité est de payer la nuit au veilleur de nuit. Nous ne pouvons pas couper à la carte annuelle d’adhésion de 7 euros mais ce sympathique et jeune veilleur de nuit nous explique les quelques occasions qui pourraient nous refaire venir ici : Grand prix de Magny Cours, festival des arts de la rue,...

Je dors mal, probablement à cause du café présent dans le tiramisu que j’ai pris en dessert

 

 

Jeudi 29 Mai 2003 : Ascension

Pour notre petit -déjeuner, nous allons dans un bar. Le patron n’a pas l’habitude de ce genre de service mais se débrouille tout de même pour faire quelque chose de correct et de consistant. Nous faisons nos courses de pique-nique au Casino d’à coté qui est justement ouvert. Le GR part en pleine forêt le long d’un petit sentier qui serpente à travers les bois. Notre progression n’est pas très rapide mais nous sommes à l’ombre, ce qui est important, car il fait vraiment très chaud. Un moment, je ne comprends plus du tout le balisage par rapport à ma carte et ce n’est pas le papet local qui arrive à m’indiquer la bonne direction. En fait le GR à été détourné parce qu’il passait à travers une propriété devenue privée. Je décide de quand même suivre la carte en espérant que nous ne tomberons pas sur un propriétaire à la gâchette facile. Il n’en sera rien jusqu’à notre arrivée au cimetière de Trois Vévres, où l’eau fraîche est la bienvenue. Les chemins sont plutôt boueux mais comme ils sont soit plats soit en descente, cela ne nous gêne pas trop. Depuis St léger les Vignes, nous avons une belle vue panoramique avec table d’orientation en prime sur Décize. Nous redescendons maintenant vers la Loire pour reprendre le chemin de halage le long du canal. Nous nous arrêtons à l’ombre pour la pause pique-nique qui comme toujours ne dure que le temps nécessaire. Le chemin est ensuite très roulant le long de la Loire. Bizarrement, je casse un puis un deuxième rayon de ma roue arrière alors que le chemin était plutôt tout plat. J’ai bien des rayons de rechange mais je peste, car j’ai oublié de prendre une clé torx pour démonter le disque de frein et ainsi avoir l’accès aux rayons. De toute façon, là où nous nous arrêtons, une nuée de taons, nous empêche de prolonger cet arrêt. On verra comment réparer cela ce soir. Le GR rentre ensuite dans une forêt où nous croisons un groupe de baliseurs du GR. Pour le moment, nous leur disons que nous n’avons pas eu trop à nous plaindre du balisage. Manque de bol, quelques kilomètres après nous tombons sur un carrefour où les mauvaises directions sont bien indiquées mais à aucun endroit la bonne direction est précisée. En me fiant à la carte, on se perd un peu et l’on décide de rebrousser chemin et de retrouver la route que nous suivrons jusqu’à Bourbon Lancy. Il fait vraiment très chaud et nous entrons dans le premier bar qui par chance vient juste d’ouvrir. Il s’agit plus en fait d’une sorte de boite de nuit et nous faisons un peu tache en sueur et avec nos tenues de cyclistes. Nous avalons coup sur coup 2 panachés avant de reprendre la route pour trouver le gîte où nous sommes sensés dormir. Les indications données par les locaux et les panneaux sont bonnes au début puis plus rien. Nous tournons alors dans la forêt avant que l’on nous redirige par 3 fois vers le centre équestre que l’on recherche. Finalement, nous arrivons aux Haras de Chaverny, sympathique ferme équestre en cours d’agrandissement et d’aménagement notamment pour la partie gîte. En fait, il s’agit plus d’une vraie chambre d'hôte, car nous avons une belle chambre avec 2 grands lits. Je réussis finalement à changer mes 2 rayons cassés en les tordant un peu pour les faire rentrer. Lavage des vélos et douche avant un bon et copieux repas dans l’immense cuisine (la taille d’un F2 parisien !) de cette ferme. Les patrons ne sont pas. Ils sont partis en Suisse pour acheter un nouveau cheval mais c’est une jeune employée, mère de famille, qui s’occupe de nous. Nous avons largement de quoi refaire notre plein d’énergie : salade de thon et mais, rôti et plâtrée de pâtes énormes, fromages, et fraises à la crème à volonté. On s’en ai mis jusque-là. Ce soir, on n’a pas besoin de berceuse pour dormir.

 

Vendredi 30 Mai 2003 :

Le petit-déjeuner est lui aussi pantagruélique avec yaourts, céréales, jus de fruit, pain,...Et tout cela pour un prix qui semble presque dérisoire de 30 euros par personne.

Aujourd’hui, on doit commencer à entrer dans le massif Central mais je ne sais pas encore si l’on dormira comme prévu au Mayet en Montagne. Le gîte réservé n’est pas vraiment ouvert mais veut bien nous dépanner. De plus, ils ne font pas la demi-pension et le 1er village est à 3 km.

Le chemin traverse la forêt de Germiny puis le GR suit une ancienne voie de chemin de fer jusqu’à Diou. Nous avons quelques doutes vers la fin, car le balisage n’est plus présent mais lorsque nous enjambons la Loire, qui est devenue beaucoup plus étroite, pour arriver à Diou, nos doutes s’évaporent. Courses pour le pique-nique. Le GR suit des départementales et des chemins bien roulant. Notre 1ère difficulté est la montée du Puy St-Ambroise en plein soleil mais elle est récompensée par une très belle vue vers le nord, vers ce que venons déjà de réaliser et vers le Morvan que le GR3 évite. Nous commençons à croiser des randonneurs, des étrangers semble t’il pour le 1er groupe. Je dis « semble t’il » car lorsque l’on est lancé dans une longue et agréable descente, nous n’aimons pas trop nous arrêter. Par contre, la personne rencontrée par la suite été clairement hollandaise mais ce monsieur se contenter d’une simple balade.

Nous pique-niquons à Montcombroux à l’ombre d’un arbre à coté de la mairie. Les chemins deviennent vraiment vallonnés. Autant les longues descentes sont agréables (j’ai l’impression sur mon vélo de conduire une de ces grosses motos du Paris-Dakar, debout sur les pédales et essayant d’amortir au maximum les irrégularités du chemin. Philippe a moins de plaisir avec son vélo qui tape fort de l’arrière), autant les longues montées sont éprouvantes sous le soleil. Celle après Chatelus est bien costaud et voit Philippe craquer un peu. Heureusement, des cerisiers croulant de cerises justes mures s’offrent à nous pour une peu d’ombre et un peu de force. Arrivés crevés à Arfeuilles, je m’arrête au gîte pour voir s'il y aurait des places, ce qui est le cas. Nous décidons donc de stopper là cette journée et d’annuler le gîte du Mayet en Montagne qui trouve lui aussi que c’est une meilleure idée. La demi-pension n’étant pas proposée, nous faisons quelques courses pour se faire un repas, suivies d’un pot au bar.

 

Samedi 31 Mai :

Petit-déjeuner à ce même bar. Je poste les 2 cartes suivantes qui ne sont plus utiles. Après 1 km, Philippe se rend compte qu’il a oublié sa gourde dans le réfrigérateur. Il est quitte pour un demi-tour. Juste après la sortie du village, nous croisons un vététiste plutôt jeune qui part en balade suivant notre même direction. Nous discutons un peu de notre projet. C’est lui aussi un aventurier, car il revient de 3 semaines de VTT au Maroc et il s’est même payé le retour de Sète à Arfeuilles par la route en 3 jours. Il aimerait bien devenir accompagnateur en montagne et en VTT et vivre de cela en restant dans sa région.

Il nous fait découvrir dans un hameau abandonné une vieille tour de château qui a été transformée en clocher. Nos chemins se séparent un peu avant St Clément. Il est clair qu’il aurait été très dur de venir jusqu’ici la veille s’il avait fallut respecter le programme initial. Nous nous arrêtons dans la boulangerie-épicerie pour préparer le pique-nique. Pour une fois, nous changeons un peu des traditionnelles boites de salade au thon en nous offrant des parts de pizzas. Étant donnée la distance à parcourir aujourd’hui et les sérieux dénivelés qui commencent, nous allons faire principalement de la route . Le GR quant à lui a trop tendance à suivre les crêtes et a monter plus haut que nécessaire.

Arrêtés à une fontaine, nous croisons un groupe de cyclosportifs que je trouve plus sympathique au fur et à mesure que l’on atteint la fin du groupe. Nous attaquons la longue mais très régulière montée vers le Montencel. Au col, je cherche en vain le GR pour une descente par les chemins. De toute façon les courbes de niveau étaient trop resserrées pour espérer une descente praticable en vélo. C’est donc par la route et à grande vitesse (64 maxi) que nous descendons vers Chabreloche. Nous stoppons au bord d’un petit lac, lieu idéal pour notre pique-nique. Je passe quelques coups de fils pour les réservations des jours suivants. L’après-midi sera terrible avec de grosses côtes : le col de Sagnes, la montée vers la Chamba et la montée vers le col de la Loge. Ce sera la journée la plus terrible au niveau de dénivelé : 2125 m de montées. C’est mon record. Je n’en ai jamais fait autant. Moi et Philippe arrivons bien crevé au gîte. Les données en dénivelées proviennent de ma montre Vector de SUUNTO. Je l’ai programmé pour mémoriser chaque minute l’altitude et donc me donner en fin de journée le cumulé.

Pour des journées comme celle là, j’ai prévu un peu d’Isostar. J’ai pris de quoi faire 5l de cette boisson énergétique et reconstituante.

Le gîte est un grand hotel-restaurant-bar ouvert en été pour les randonneurs comme hiver pour les amateurs de neige, de ski de fond et de balades en raquettes. Nous avons une grande chambre avec balcon et 5 lits pour nous deux.. Il y a un peu de monde : un groupe d'adultes qui fait le tour du Livradois -Forez en VTT, une famille, des amateurs de parapente et un groupe de cavaliers. Le chef cuistot est assez rigolo. Il a pas mal bourlingué dans les Dom-Tom avant d’arriver ici il y a 4 ans. Il n’a jamais pris le temps de visiter le coin et rêve de repartir, car , quand il fait mauvais, l’endroit est vraiment déprimant. En tout cas, il est bon cuistot et nous propose un solide dîner dont une fois encore nous avions bien besoin.

 

Dimanche 1er Juin :

Il y a de l’animation au col avec des chiens de traîneaux qui hurlent d’envie de partir en balade et, nous avons de la chance, par un petit marché fermier qui est justement en train de s’installer. Nous achetons du jambon de pays (du vrai de vrai), un reste de pain au cuistot et nous voilà parti pour une étape en principe courte. A priori quasiment une journée de repos. Le chemin jusqu’au col du Béal n’est pas toujours très roulant mais le vaste paysage est magnifique avec ses bruyères, ses sapins et ses myrtilles (nous sommes à plus de 1000 m d’altitude). La montée vers Pierre-Haute (1600m, le point culminant de notre périple) doit se faire par la route, les GR étant interdit sur le chemin. En blaguant plus ou moins, je dis à Philippe que je suis un peu déçu de ne pas pouvoir faire cette montée par le chemin même si cela semble être une bonne bavante. Lui ne comprend pas mon objectif de prendre un maximum de chemins et je l’entends commencer à se plaindre longuement de ces chemins caillouteux. Nous sommes en pleine montée, j’en bave et je lui demande un peu rudement de faire silence. La goutte à fait déborder le vase. Il commence à m’énerver sérieusement à souvent se plaindre, à souvent être très long dans ses préparatifs et ses nombreux problèmes mécaniques sur son vélo ne m’ont pas fait rire tant que cela sur le coup. Ce clash était prévisible selon moi. Philippe et moi, nous nous connaissions que très superficiellement. Les difficultés physiques dans ce parcours commencent à nous mettre tous les deux sur les nerfs et nous ne sommes que 2 et vivons 24h/24 les mêmes choses.

Bref, à partir, de ce moment, nous commencerons à nous faire un peu la gueule mais j’essaierais de faire des efforts pour ne pas envenimer la situation et au contraire plutôt l’apaiser.

Le GR suit ensuite les crêtes du Forez dans un superbe décor désertique, avec seulement de la bruyère et les douces courbes de ces sommets que l’on imagine aisément sous la neige en hiver. Nous croisons beaucoup plus de marcheurs et un cavalier perdu au milieu de ce désert (perdu mais pendu à son téléphone portable pour donner de ses nouvelles et nous devons attendre la fin de sa communication pour lui demander si nous bien toujours sur le GR). Ici point de tronc d’arbre, de poteau téléphonique ou poteau de signalisation pour supporter les marques du GR. Entre 2 balises, il faut suivre les maigres traces que l’on voit par terre. Alors que l’orage gronde, notre cavalier semble plutôt confiant sur la probabilité de ne pas recevoir une bonne douche. Nous verrons plus tard qu’il avait en partie tord. Le chemin semble assez long jusqu’au Col de l’homme mort. Lorsque nous y arrivons, nous sommes ravis de voir qu’un petit bar nous attend pour un rafraîchissement mérité pendant que nous dégustons nos sandwichs. Mais le rafraîchissement dépassera nos espérances puisque le tonnerre qui ne cessait de gronder, fait place maintenant à une grosse pluie mêlée de grêlons. Cet abri est vraiment le bienvenue. Le cavalier croisé juste avant nous rejoint aussi juste à temps avant ce cours déluge. Nous reprenons notre chemin alors que la pluie commence à diminuer. La végétation est maintenant composée de sapins et de genêts en fleurs. Les chemins sont bien trempés avec de grosses flaques pour nos derniers kilomètres vers La Chapelle en Lafaye. Le gîte est fermé et il me faut aller jusqu’à l’auberge pour chercher les clés. Manque de bol, l’auberge sera fermée ce soir alors que les personnes croisées aujourd’hui nous prétendaient le contraire. Nous aurions dû réserver et l’aubergiste aurait assuré le service rien que pour nous. Mais très sympa, il nous propose de nous préparer des plats avec les restes de la journée. La cuisinière dans le gîte nous permettra de réchauffer le plat. Nous sommes de nouveau seuls dans un grand gîte. L’orage continue à gronder et les éclairs commencent à se rapprocher. Après un rapide lavage des vélos, nous nous mettons à table : grande assiette de charcuterie, navarin d’agneau et pommes de terre, fromage et fondant au chocolat pour finir en beauté même si l’ambiance n’est pas vraiment à la joie.

 

Lundi 2 Juin 2003:

Nous avons encore aujourd’hui une longue journée de prévue. Il nous faut rejoindre Le Puy en Velay. De plus, je précise à Philippe que les risques d’orages dans les après-midi sont désormais très fort et que, enfin, ce serait bien d’avoir un de temps pour visiter le Puy. Je souhaite donc un départ à 8h45. Nous prenons un délicieux et copieux petit-déjeuner à l’auberge. La confiture de myrtille du pays est vraiment très bonne. A 8h45, je suis quasiment prêt mais Philippe ne le sera que 40 mn plus tard . Je ne dis rien pour ne pas envenimer la situation mais je n’en pense pas moins. Nous continuons à suivre le GR3. Comme tous les jours, je pense qu’il vaut mieux commencer par le GR et les chemins, puis de voir en début d’après-midi s’il faut prendre des raccourcis ou la route en fonction de notre état de fraîcheur et de la réalité du terrain.

Le ciel est toujours chargé mais j’ai parié la veille un pot avec Philippe qu’il ne pleuvrait pas dans la matinée. Lui prétend mordicus qu’il pleuvra, ce qui ne semble pas trop le gêner si le cas se présente.

Les chemins sont agréables et pas trop boueux malgré la pluie de la veille. On sent bien que le relief s’estompe un peu et l’on devine bien que l’on s’approche des gorges de la Loire. Nous faisons une pause au château de Leignecq d’où la vue est bien dégagé. Philippe me montre le jeu inquiétant dans sa colonne de direction. En essayant de le resserrer, la pièce en plastique qui fait office de rondelle se déforme et casse. Je commence à en avoir franchement marre de son vélo avec tous ces problèmes. Sur le mien, à part mes 2 rayons de cassés, je n’ai eu strictement aucun problème. Je trouve une solution provisoire en utilisant une rondelle et préconise que l’on prenne plutôt la route pour rejoindre rapidement Le Puy en Velay. Le descente est longue et grisante. J’arrive à atteindre les 70km/h dans un super sentiment de sécurité avec mes 2 freins à disques et ma suspension intégrale. Je juge Philippe un peu inconscient d’aller presque aussi vite avec ses freins (des cantilevers !) très peu efficaces et son jeu de direction important. Enivrés par cette descente, je me plante de direction dans la vallée. Au lieu de faire 100m vers la gauche pour rejoindre la vallée, nous faisons 5 km de montée en plein cagnard. Philippe, qui a la pêche, part devant et je ne le reverrai qu’au bout de cette montée interminable. S’il m’avait un peu attendu, je me serais peut être rendu compte de mon erreur à temps. Tant pis ! Je m’en excuse mais d’un côté, je suis content : C’est aussi un peu de la faute de Philippe et nous retrouvons en fait le GR qui doit nous promettre une descente vertigineuse sur un chemin. C’est effectivement la cas avec en prime pas mal de pierre qui rendent cette descente dangereuse. La remontée de l’autre côté de la vallée sera plus roulante mais bien physique aussi. Nous arrivons sur Retournac vers 14h30 avec les 1ères gouttes de pluie de la journée. Mon pari est gagné. Il n’aura pas plut dans la matinée. Il serait peut-être temps de manger un peu. Seule une boulangerie est ouverte. Elle fera largement l’affaire pour un pique-nique léger. Il ne nous reste plus que 37 km de route le long de la Loire pour arriver au Puy. Le GR, quant à lui, s’amuse trop à monter d’un bord à l’autre des gorges. Dans les 1ers kilomètres, Philippe roule à son rythme et refuse de m’attendre pour que l’on puisse rouler roues dans roues. Après quelques kilomètres, nous arrivons enfin à rouler ensemble et donc à avancer plus efficacement mais à l’arrivée sur Le Puy, Philippe repart de plus belle alors que je commence à bien fatiguer. L’arrivée dans la ville nous affole avec toutes ces voitures, cette pollution que l’on ressent bien et toute cette agitation. Nous trouvons assez facilement le gîte des Capucins car il se trouve logiquement dans la rue des Capucins, située en plein centre ville. Nous nous installons puis partons faire un tour en ville, histoire de voir les principales curiosités touristiques. Je ne connaissais pas du tout cette ville et il faut bien reconnaître que le centre est vraiment typique avec ses rues pavées, ses escaliers qui montent vers la cathédrale, que nous visitons, puis vers la statue de la Vierge qui surplombe toute la ville. L’entrée est payante mais nous permet d’avoir cette belle vue sur le Puy et même de monter à l’intérieur de la statue. Nous finissons notre visite par le pot du pari gagné dans un bar, puis par un repas dans une brasserie. La serveuse ne sait même pas reconnaître les plats du jour. Alors que nous avions demandé un plat avec de la dinde, elle nous sert un navarin d’agneau, ce que nous avons déjà mangé la veille. Comme le plat est bon, nous ne faisons pas de scandale.

La nuit dans le gîte sera bruyante entre les voitures passant dans la rue et un pèlerin de St-Jacques un peu trop ronfleur !  

 

Mardi 3 Juin 2003 :

Après le petit-déjeuner pris au gîte, nous quittons les gérants, des jeunes plutôt babas-cool, et les autres locataires, des pèlerins au départ de leur pèlerinage vers St-Jacques de Compostelle, pour prendre un tout autre chemin désormais : le GR 70, le fameux chemin de Stevenson, qui va nous faire traverser les Cévennes jusqu’à St-Jean-du-Gard.

Avant de réellement partir, nous faisons des courses, un arrêt à la poste pour l’envoi de l’avant dernière carte, mais à cause des grèves, la queue est vraiment trop longue, et un arrêt technique chez notre 3ème vélociste pour rectifier le jeu de direction de Philippe et pour acheter une nouvelle bombe d’huile pour nos chaînes qui s’assèchent bien vite sans cela. Le réparateur ne peut pas faire grand chose pour notre problème. Il enfonce un peu plus l’écrou et met une vis un peu plus longue. Le jeu est moins fort mais toujours présent. Il doit venir aussi en bonne partie de la fourche de son vélo.

Pour quitter Le Puy, il faut forcément monter, par la route dans un 1er temps puis par un chemin caillouteux par la suite. Un chemin que n’apprécie pas du tout Philippe qui se trouve honteux de ne pas aller plus vite que des marcheurs. Je lui explique que malgré quelques endroits comme cela, ils vont mettre entre 10 et 12 jours pour faire ce GR alors que nous, nous ne mettrons en principe que 3 jours. Il faut tout de même avouer que nous prendrons quelques raccourcis chaque fois que le GR s’écarte de la direction plein sud. Nous n’irons ainsi ni au Monastier-sur-Gazeille, ni à Notre-Dame-Des-Neiges et encore moins à Florac.

Les chemins sont plus agréables par la suite mais le vent souffle depuis la veille et nous gêne parfois un peu. D’un autre côté, il ne fait pas trop chaud et c’est plutôt agréable. Nous faisons notre arrêt pique-nique à Goudet, face à la Loire, que nous quitterons désormais. Sa source n’est qu’à 20 kilomètres environ, mais ce n’est malheureusement pas notre direction. Notre menu est un peu toujours le même : une boite de salade de thon, un sandwich, une tomate, des fruits.

La remontée par la route vers Ussel, juste après le pique-nique est dure et il fait chaud. Nous suivons une piste vers Bargettes puis improvisons un chemin pour écourter le GR qui lui part vers l’ouest au Bouchet-St-Nicolas. A Landos, Philippe, fatigué, souhaite rentrer par la route. Moi, qui suis encore bien en forme ne suis pas de cet avis, et je lui propose que l’on sépare pour les 13 km qui restent avant d’atteindre Pradelles. Juste après Landos, mon pneu arrière crève à cause d’une épine. 1ère crevaison après plus de 700 km déjà parcourus. Dommage ! Cela m’aurait bien amusé de n’avoir eu aucune crevaison pendant tout le périple. Heureusement que j’ai sur moi une chambre à air de secours. Mais c’est Philippe qui à la boite avec toutes les rustines. Je n’ai donc plus le droit de crever pour les 12 km restant. C’est un peu stressant et je paie un peu de la sorte notre séparation provisoire. Cette portion de GR est bien crevante avec de grosses montées bien difficiles. Les descentes sont plaisantes mais un peu trop caillouteuses. C’est clair que Philippe n’aurait pas aimé cette portion. Notre rendez-vous est à la gare du vélo-rail de Pradelles, située 3km plus bas que le village. J’avais repéré sur la carte ce circuit de vélo rail entre Landos et Pradelles. Par téléphone, j’avais essayé de voir s’il était possible de faire uniquement l’aller simple Landos-Pradelles, puisque que ce tronçon est exactement sur notre circuit. Nos vélos auraient été posés dessus pendant que nous aurions changé de moyens de transport mais qui n’aurait pas dérogé à ma règle de faire le parcours à vélo. Malheureusement et malgré mes explications pour dire combien cela aurait été sympa, cela n’était pas possible. Nous nous sommes donc arrêtés pour voir tout de même en quoi cela consiste et le sympathique jeune qui tenait cette petit gare nous laissa faire une petit tour, histoire de voir à quoi cela ressemble. Les impressions sont plutôt sympas. En légère pente, le développement ne permet pas de rouler trop vite, mais l’on peut se mettre en roue libre et même quitter le poste de pilotage et se reposer dans le transat central. La manœuvre de demi-tour n’est pas très dure mais il faut soulever tout le bazar, le tourner de 180° et le remettre sur les rails. Dernièrement chose amusante, en freinant fort, le vélo-rail se met à glisser sur les rails. Seul désagrément du système : le bruit. Cela change du VTT !

Nous rentrons sur Langogne par la route et trouvons facilement notre gîte, le Modest’Inn, en hommage à Modestine, l’ânesse qui accompagna Stevenson lors de son périple. Nous arrivons d’ailleurs en même temps qu’un groupe de 3 suisses romands qui font le chemin avec eux aussi une ânesse mais qui s’appelle Gentiane.

L’accueil de notre hôte est très chaleureux. Il nous laisse nous installer dans son gîte dont nous découvrons avec délectation sa décoration : des vieux vélos et solex un peu partout, une planche à voile et un surf des neiges dans l’escalier, un mélange de moderne et d’ancien très réussi et quelques tableaux et sculptures africaines qui m’interpellent.

C’est clairement le gîte le plus sympa parmi ceux que nous avons vu. Le repas se passe avec une vraie table d’hôte. Nous mangeons avec le patron, sa fille, un couple de retraités et les 3 suisses romands. L’ambiance et le repas sont très bons : salade verte et flan de légumes, rôti sauce champignons (récoltés par le patron), aligot servi de main de mettre par sa fille, glace à la verveine du Velay, vin et Absinthe et alcool doux de St-Jacques de Compostelle, le tout quasiment à volonté. Pas facile de prendre la parole tellement nous avons de choses à nous dire. Dommage que l’on ne reste qu’une nuit ! La fille du patron m’explique qu’elle connaît aussi très bien le Mali et que son beau-père est originaire de là-bas. Ceci explique toutes les décorations africaines du gîte.

Une bonne et sereine discussion entre Philippe et moi, juste avant de nous coucher, nous permet de remettre un peu les choses au point afin de garantir une ambiance au moins correcte jusqu’à notre arrivée.

 

 

Mercredi 4 Juin 2003 :

Après un excellent petit-déjeuner, toujours en table d’hôte, nous repartons sur les traces du GR70. Nos amis randonneurs sont prêts avant nous mais nous ne tarderons pas à les croiser. Nous visitons rapidement le village fortifié de Langogne (les maisons sont en rond autour de l’église). Comme me l’avait indiqué le patron, les chemins sont très agréables, assez plats et pas caillouteux. Ils sont bordés de genêts en fleurs. Nous avons maintenant plusieurs fois des barrières à passer et traversons les enclos de vaches. Un passage marécageux n’est pas très roulant. Il faut mettre pied à terre et regarder où on met ses pieds, ce que ne fait pas Philippe qui crotte comme il faut une de ses chaussures. La montée entre Le Cheylard et Luc est difficile mais la longue descente par la route avec ses épingles à cheveux est super. Dans la vallée, le vent de face nous décourage un peu, d’autant plus que nous risquons d’arriver à La Bastide Puy Laurent lorsque tous les commerces seront fermés. Par chance, un snack sur le bord de la route est ouvert. Il s’agit plus d’une petite cantine pour les travailleurs du coin mais cela fera parfaitement l’affaire. Pizza en entrée, langue et purée, fromage et tarte au fromage blanc sont parfaits et nous changent encore une fois des pique-niques. La route après La Bastide est en travaux. On a de la chance d’être en VTT car la chaussée a été supprimée sur au moins 3 kilomètres.

L’après-midi va être sportive car nous avons avons maintenant quelques grosses côtes. J’explique à Philippe que je souhaite aller plus loin que notre étape prévue initialement en amont du Bleymard. S’il l’on arrive à rejoindre la station de ski du Mont Lozère, l’étape du lendemain sera moins longue et avec moins de dénivelé.

La côte de la montagne du Goulet est longue mais pas si dure : la pente est constante et il y a de l’ombre. La descente vers le Bleymard se fait sur une piste forestière avec pas mal de bosses sensées canaliser les eaux de ruissellement. En se lâchant un peu, malgré notre chargement, on arrive à faire quelques sauts. Dommage que l’on se soit pas à vide ! Il faut maintenant attaquer notre dernière montée. Encore un 400m de montée à avaler avant l’étape. Philippe est plus en forme que moi et me distance rapidement. Nous arrivons à la station de ski où se trouve notre gîte. Nous partageons notre dortoir avec un marcheur solitaire qui fait le GR70 avec un âne. Cadre stressé venant de Guadeloupe, il semble avoir pris un rythme beaucoup plus calme, pour ne pas dire mou. Après 2 tournées au bar, il est temps de passer à table avec un menu spécial sportifs. Pas moins de 6 plats nous attendent : soupe, charcuterie, saucisse du pays et frites, salade, fromage et mousse au chocolat et tout cela pour 10 euros à peine. Nous voilà bien repu. Le patron nous informe, qu’à la télé, l’émission Ushuaia de ce soir est sur la Lozère. C’est bien d’à propos même si les sujets sont surtout sur les grands causses.

 

Jeudi 5 Juin 2003 :

A l’image de la veille, le petit-déjeuner est très copieux. Le patron m’explique pourquoi deux de ses employés sont des polonais. Ils sont en fait en stage mais il m’avoue qu’il a beaucoup de mal à trouver de la main d’œuvre en France. Les jeunes ne sont pas attirés par un coin un peu perdu comme celui là.

Nous partons pour les quelques mètres de montée qu’il nous reste pour passer le mont Lozère. Philippe crève alors que nous étions sur la route. Suivant les indications du patron, nous ne prenons pas le GR qui est en principe est interdit aux VTT. Nous sommes en effet désormais dans le parc national des Cévennes. Nous suivons le parcours qu’il m’a indiqué avant de partir : Le Cros, l’Hôpital et petite route vers Le Pont de Monvert. Le chemin est descendant, il fait beau, le paysage est superbe  et l’on commence à sentir le bon bout de notre périple: C’est le pied ! Je n’ai plus de souvenir du Pont de Monvert. J’étais trop petit lorsqu’on y allait avec les parents pour faire de la randonnée dans le coin. Nous faisons quelques courses et mangeons une pâtisserie avant d’attaquer encore 2 grosses montées (les dernières ?). Celle du col du Sapet est très roulante. On se régale encore une fois lors de la descente même si on la fait par la route. Philippe crève une 2ème fois, sans raison évidente. Nous reprenons ensuite le chemin qui suit une rivière le long d’une ancienne voie ferrée. Le chemin est plat et roulant. 3 ou 4 fois, nous passons dans des tunnels. Nous stoppons près de l’eau pour le pique-nique. Une nouvelle montée par la route nous attend jusqu’au col de Fontmort. Il pleut un peu mais cela ne dure pas. On peut dire que nous avons vraiment eu de la chance avec la météo. Nous sommes passés entre les orages et nous avons rarement eu très chaud. Nous retrouvons le GR et le chemin. Il suit une crête parallèle à la barre des Cévennes. Le paysage est magnifique. Je me demande si l’on ne pourrait pas voir la mer avec un temps très dégagé. Je crève une deuxième fois, cette fois ci par pincement à la roue arrière. Je pensais avoir beaucoup moins de chance de pincer avec une suspension arrière mais le choc avec un caillou a vraiment été fort. Longue descente, d’abord par les chemins puis par la route vers St-Germain de Calberte. La descente continue plus doucement ensuite vers St-Etienne-Vallée-Française. Quelques souvenirs me reviennent de ce coin où je suis déjà venu il y a bien longtemps. Nous prenons un pot à un bar pour fêter notre 1000ème kilomètre. Et oui, déjà 1000km au compteur et nous ne sommes pas encore tout à fait arrivés. Il nous reste à prendre une route sinueuse vers St-Jean-du-Gard. Des coups de téléphone passés le matin m’ont informé que le gîte était plein mais que par contre celui d’Anduze a des places. Cela tombe bien car nous devons de toute façon passer par Anduze et que nous avons encore un peu de forces pour cette fin de journée. Nous jetons un oeil rapide à la ville et à la gare animée par le vieux train à vapeur qui fait la liaison avec Anduze pour les touristes. Nous faisons à toute vitesse les 14 km qui nous reste pour arriver à Anduze. Le gîte est situé en plein centre ville. L’accueil et la décoration sont supers. Nous partageons notre dortoir avec 2 hommes, mi-marcheurs, mi-touristes. Depuis le 1er Juin, on commence, en fait, à avoir des gens qui prennent leurs vacances d’été.

Nous prenons notre repas avec les autres randonneurs. Le dîner est bon mais la quantité n’est pas au rendez-vous. La patronne nous raconte avec émotion la terrible inondation de septembre 2002. Plus d’1.70 m d’eau avait noyé l’endroit où l’on se trouve. Leur travail de remise en état à été formidable car nous avons du mal à voir des marques de cette catastrophe. Petite balade digestive dans Anduze. Nous fêtons notre quasi-arrivée du lendemain avec une grosse glace dans un bar. Nuit dérangée par un ronfleur, comme chaque fois que nous partageons notre dortoir. Et comme chaque fois, je ne sais plus où j’ai rangé mes bouchons pour les oreilles.

 

Vendredi 6 Juin 2003 :

Dernier jour. Ce soir nous serons à Montpellier. Comme nous avons un peu le temps, je propose que l’on visite la Bambouseraie de Prafrance, située à 3km de là. On laisse notre affaire au gîte et prenons nos vélos pour rejoindre le parc à l’ouverture. Nous faisons une balade guidée pour avoir quelques informations. Le nombre, la qualité et la variété des bambous sont extraordinaires. Le parc est vraiment bien aménagé avec, par exemple, la reconstitution d’un village laotiens en bambous, une pépinière étonnante, un jardin zen encore en travaux, un labyrinthe de bambous déroutant et un très beau magasin pour terminer. Un bien joli coin. Je suis d’autant plus content que les marcheurs du gîte semblaient plutôt nous le déconseiller.

De retour au gîte, nous chargeons nos vélos et faisons quelques courses pour notre dernier pique-nique.

Pendant que Philippe fait les courses, un jeune vient me parler pour savoir si je suis content de mon Lapierre. Après ce que l’on vient de faire, je lui réponds que j’ai pas mal de raison d’être content de mon vélo. Il nous reste environ 60 km à faire en plein soleil. La route est bien roulante avec quelques petites montées. Nous nous arrêtons à Pompignan pour déjeuner. La montée juste après pour aller vers Claret n’était pas vraiment dans mes esprits mais il faut dire que je n’ai plus de carte et que je suis quelques indications sur un bout de papier ou sur les panneaux. Nous venons d’ailleurs de voir nos premières indications pour Montpellier. La descente vers St-Mathieu de Tréviers, avec la vue sur le Pic St-Loup et l’Hortus, est sympa. On se demande si l’on pourrait voir la mer d’ici. La fin sur la route n’est pas très agréable. Il y a de plus en plus de circulation et Philippe fatigue un peu. A Montférrier, excité par l’arrivée proche, je lance aux 2 flics plantés là « Je suis à 20km/h et j’ai un casque. C’est bon ? ! » Je ne comprends pas trop la réponse. J’entends juste le mot « rouge ». Ont’ils voulu dire « On est là pour les feux rouges » ou « Et où sont vos feux rouges ? » . Je me rends compte que nous sommes hors la loi sans les lumières et catadioptres sur nos vélos. Ce serait bête de se faire arrêter à 6 km du but. La dernière côte, celle du zoo, est costaud, mais c’est la dernière, ça j’en suis sur et certain.

Voilà, c’est l’arrivée. Je fais le décompte à Philippe « Encore 20m, 15m, 10m, 5m ». Ma mère nous accueil en nous prenant tout de suite en photo alors que nous sommes en transpiration. Avec 13 jours et près de 1100 km, me voilà enfin à la maison. Cela change des 1h15 en avion, 3h20 en TGV ou des 8h en voiture que j’ai maintes fois fait pour ce trajet !

Pour vraiment terminer notre périple, il nous reste à aller au centre ville pour une photo sur la place de la Comédie puis de faire une petite virée à Palavas, histoire de rejoindre la mer (après la mère, donc). Mais nous avons bien le droit à une journée de repos.

Ma mère qui avait contacté un journaliste de la Gazette de Montpellier, me dit qu’il propose que l’on fasse une interview maintenant sur La Comédie. Je décline son offre car nous avons déjà tout déchargé et pris nos douches. On se contentera d’un envoi de photos numériques et d’un contact téléphonique pour monter cet article.

 

Dimanche 8 Juin 2003 :

Nous faisons un tour en matinée dans Montpellier pour une photo finale devant la statue des 3 Grâces et pour une visite un peu rapide du centre ville historique et du quartier Antigone. Il y a peu de monde et c’est bien agréable de circuler dans les petites rues.

Dans l’après-midi, nous partons pour notre dernière étape. Nous rejoignons l’hôtel de région par les pistes cyclables puis nous suivons le Lez par le chemin qui le longe et que je connais bien. A Lattes, à port Ariane pour être précis, le chemin est coupé mais reprend juste après. Les cabanes avant Palavas font penser à la Camargue avec tous ces chevaux. L’arrivé dans Palavas se fait au milieu de tous les touristes allant se baigner pour profiter de cette belle journée. Nous nous arrêtons pas très longtemps puis retournons en arrière pour suivre le canal du Rhône à Sète jusqu’à Carnon. De là nous rentrons sur Montpellier par la piste cyclable. Voilà, c’est vraiment terminé. 1133 km au compteur et plus de 13000m de dénivelé.

Demain, il nous reste le retour en TGV. Avec les grèves annoncées, l’aventure n’est pas terminée semble-t’il.

 

 

 

Lundi 9 Juin 2003 :

Notre train de 9h38 est annulé, nous le savons depuis la veille. Nous prenons celui de 8h48 qui bizarrement n’est pas si plein que cela. Nous avons même largement la place de rentrer nos vélos, que nous avons bien compactés, protégés et cachés dans des sacs en plastique noir. 3h après nous sommes à Paris. Nous remontons les vélos et partons le long des quais, réservés aux vélos et rollers, vers la gare St-Lazare. 45mn d’attente pour le prochain train, toujours à cause des grèves et arrivée à Bougival. La boucle est bouclée.

 

 

Remerciements :

 

Merci au Cycles Jacky de Rambouillet pour les bons conseils et la préparation de mon vélo. (http://www.cyclesjacky.fr)

 

Merci à Patrick pour la prêt de sa sacoche de potence, à Georges pour le prêt du pneu de rechange, à Michel pour le prêt de la trousse de secours et à tous les membres du club VTT et Cyclo de La Celle St Cloud (http://members.aol.com/cscvelovtt)

 

Merci aux amis, collègues et à ma famille pour leur soutien lors de ce périple.

 

Merci au vélo-rail de Pradelles pour leur accueil sympathique et pour l’essai de leur drôle de machine.

 

Bravo à Lapierre pour la conception et la fiabilité de leur modèle X-Control E-Lite (http://www.cycles-lapierre.fr)