Paris - Roubaix à VTT


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Faire Paris- Roubaix en vélo devait forcément, un jour ou l’autre, entrer dans ma tête pour n’en sortir qu’une fois ce périple, ce défi, accompli. En effet, après le tour de France, qu’elle est la seconde course de vélo la plus mythique en France ? Le Paris –Roubaix ! Il était donc dit qu’un jour je ferais ce parcours, mais, bien sûr, à ma manière, en prenant le temps d’apprécier les paysages, les rencontres et les sites traversés. Je ne tricherais pas en partant de Compiègne comme les champions mais, par contre, il est clair que je le ferais en VTT en essayant de passer par un maximum de chemins, petites routes et sections pavées. Ma trace  fait 360km. J’avais initialement prévu de les parcourir en 5 jours mais finalement, pour la question de mes villes étapes, je me suis limité à  4 jours. La 1ère étape sera à Compiègne, la 2ème à St Quentin, toutes les 2 chez des membres de Warmshowers et la dernière à Valenciennes chez un membre de Couchsurfing.

 

08/05/14 :

Je prends un train à 7h09 à Rouen pour rejoindre Paris. Je vais voyager léger pour ces 4 jours : un petit sac à dos de  moins de  5 kg (y compris l’eau) et un porte bagage avec une paire de basket. Arrivée à 8h40, j’enfourche le vélo, passe devant l’Opéra puis direction République. Je rejoins ensuite le canal St Martin. Peu de monde dans les rues de Paris en ce jour férié. Quelques joggers et cyclistes le long du canal.  Passage rapide devant la Cité des Sciences et de l'Industrie à la Villette. Le vent dans le dos me pousse sur la piste cyclable qui longe le canal de l’Ourcq. Les kilomètres s’enchainent rapidement. Au début, le chemin au plus près du canal est interdit aux vélos. Plus loin, les interdits s’envolent et l’on peut choisir de suivre la piste ou ces chemins, encore boueux par endroit en cette saison. Je fais une pause au bout de 30km, du côté de Claye Souilly et fait un point sur le parcours. C’est justement le moment de quitter le canal et de passer de petits villages en petits villages en direction de la forêt de Compiègne. Il me faut donc regarder désormais de près mon GPS. Le temps est frais, gris et  très venteux. J’emprunte quelques portions de pistes à travers champs et de petites routes. J’ai même mes premières portions de pavés. On se déjà bien loin de la banlieue parisienne. Le seul indice est cette noria d’avions en phase d’approche de l’aéroport de Roissy. J’arrive à midi à Lagny Le Sec et m’achète une cannette de coca à la boulangerie. Je fais ma pause pique-nique dans le parc d’un château désaffecté. La météo annonce l’arrivée de la pluie, ce qui sera effectivement le cas pour cette après-midi. L’approche de la forêt de Compiègne est variée : Petites routes, GR, section pavées. Devant le château de la Motte, je fais une pause pour ne pas arriver trop tôt à Compiègne mais aussi pour laisser passer cette première petite averse. Après une montée, 2 sites touristiques méritent un arrêt : L’église en ruine de Champlieu et les ruines gallo romaines avec notamment un beau théâtre et les restes de thermes.  Le temple n’a qu’en a lui jamais été encore fouillé. On rentre dans la forêt de Compiègne par un GR. Malheureusement, je me trompe et suis un autre GR. Au lieu de faire demi-tour, je dois donc crapahuter dans une forte montée pour rejoindre le bon GR.  Mais ensuite, c’est peinard, le chemin est en balcon, avec peu de dénivelé. Je décide de faire un petit écart à ma trace pour aller jeter un œil au petit village de St Jean aux Bois. Bien m’en a pris car il est superbe avec son ancienne abbaye et ces petites maisons propres et chics. Il pluvine toujours. Je prends maintenant la direction de  Compiègne, d’abord par une piste cyclable puis par des pistes plus ou moins roulantes. Soudain, sans prévenir, on se retrouve directement dans les rues de Compiègne. Je mets en marche mon GPS vocal pour me guider directement jusqu’au pavillon de Jean-Claude, membre de Warmshowers  et de Françoise, sa femme. L’accueil est tout de suite très sympa. Jean Claude a 70 ans mais ne fait pas son âge. Il profite à fond de sa retraite pour des tas de voyages à vélo en France ou à l’étranger. Il n’a commencé qu’en 2002, mais à raison de 4 ou 5 voyages par an, son palmarès est déjà impressionnant. Il me parle et montre des photos de ses plus beaux voyages : Les Lofotens, Le Pérou, le tour de Bretagne…. Il a entreprit de traverser tous les départements français. Bon dîner avec radis, melon, poulet, pommes de terre et délicieuses fraises. Nuit très agréable dans une chambre rien que pour moi.

 

L’étape : 108km. 5h54. 18.2km/h de moyenne. 787m de D+

 

09/05/14 : 

Je quitte Jean Claude et Françoise pour aller visiter rapidement Compiègne que je rejoins en longeant l’Oise par une piste cyclable. Le palais impérial et son parc sont impressionnants de grandeur. Le fameux hippodrome se trouve attenant au parc. Par une piste cyclable qui longe l’Oise, j’arrive aux portes de la forêt de Laigue. J’y avais repéré le GR12A qui me permet d’éviter des routes toutes droites et à priori avec pas mal de trafic joignant Noyon. Le tracé est globalement facile mais certaines côtes sont vraiment trop pentues pour être montées sur le vélo. Heureusement, elles sont plutôt courtes. A l’approche de midi, je m’inquiète de savoir où je pourrais m’acheter de quoi faire un pique-nique. Le seul commerce de Tracy Le Mont est une petite boulangerie. J’y achète un pain au chocolat et un coca. Après renseignement, j’apprends qu’il y a un peu plus de commerces à Ollencourt. La boulangerie y propose un menu sandwich que je vais déguster non loin de là. Je fais ensuite un petit check-up de mon vélo et notamment le frein arrière qui fait pas mal de bruit depuis le départ. Une des 2 plaquettes est complètement morte et même le ressort est rongé. Heureusement, j’ai un jeu de rechange. Par contre, je découvre un fort jeu dans l’axe de pédalier. Il ne me gêne pas lorsque je pédale mais je doute de pouvoir rallier Roubaix ainsi. Dans l’après-midi, je téléphone à Jean Jérome, membre de Warmshowers chez qui je dois dormir le soir même à St Quentin. J’avais vu sur son profil qu’il est mécano pour les cycles. Il me rassure que je devrais pouvoir continuer ainsi mais me propose tout de même de passer chez Intersport, où il travaille, pour voir cela. J’ai changé mon plan de route et ai fait une croix sur Noyon. Cette matinée de vrai VTT et ce problème mécanique m’incitent à rejoindre au plus vite St Quentin. Je suis un panneau indiquant la voie verte de la Trans Oise. Elle va en direction de St Quentin avec en plus un bon vent de dos. Je file donc un bon train jusqu’au Chauny et Tergnier. En lisant la carte son mon Iphone, je découvre un village non loin de là portant, à une lettre près, mon nom de famille. J’en avais déjà entendu parler mais je ne savais pas qu’il se trouvait en Picardie (en fait, il existe un autre village portant ce nom situé dans le Nord Pas de Calais). Il s’agit d’un hameau de 5 ou 6 maisons et d’une grande ferme en plein milieu des champs. Il devrait y avoir un gros élevage de porcs il y a encore quelques années. J’interroge un jeune devant sa maison pour savoir s’il connait l’origine du nom du hameau mais il n’en sait rien. Je retrouve la route qui suit la grande voie rapide menant à St Quentin. Lorsque le vent est dans mon dos ma progression est rapide mais si le tracé de la route tourne, cela devient moins facile. A St Quentin, je tombe par hasard sur un marchand de cycles Peugeot. J’y rentre pour trouver une solution à mon boitier de pédalier. Ils n’ont pas la pièce de rechange mais le démonte pour trouver une solution. Une pièce en plastique calant les roulements est complétement usée. La sortie ultra boueuse d’il y a 2 semaines y est forcément pour quelques choses. Un bon graissage et serrage permettent de limiter le jeu. Sympas, ils ne me font rien payer. Mon raid itinérant entre Paris et Roubaix a semble-t-il plu au vieux patron, qui me racontait avoir participé à des courses dans sa jeunesse avec des roues en bois et qu’à l’époque, il y avait beaucoup plus de portions pavées sur Paris- Roubaix. J’arrive vers 18h chez Jean Jérome. Son appartement est minuscule, quasiment sans meuble sauf quelques palettes en guise de table ou d’étagère. Il se sent ainsi libre de pouvoir tout plaquer rapidement, soit pour changer de boulot, soit pour partir voyager plusieurs mois. A 24 ans, il n’a encore fait que 3 ou 4 voyages mais se prépare à rejoindre Dakar puis l’Amérique du sud à la fin de l’année. On partage le même goût pour la lecture des aventures de gens comme Nicolas Vannier, Sylvain Tesson, Lionel Daudet ou Mike Horn dont on regarde la vidéo de son tour du monde par le cercle polaire. Il m’explique aussi toutes les particularités des vélos pour le Paris-Roubaix : tressage carbone spécifique pour plus de souplesse, tube de selle non solidaire du cadre, anti-vibrateur dans le guidon, pneus plus larges. Il me raconte avoir déjà fait de l’assistance mécanique pendant des courses cyclistes. Vous savez ce genre de personne qui se penche par la portière pour aller régler un dérailleur tout en roulant. Après une bonne plâtrée de pates, il me cède son lit et dort sur sa banquette. Sympa de sa part !

 

L’étape : 100km. 5h31. 18.1km/h de moyenne. 830m de D+

 

10/05/14 : 

8h30 : Nous partons tous les 2 à vélos, lui pour aller au boulot et moi pour aller à Valenciennes. Il me guide jusqu’à l’entrée du parc de l’Isle et me quitte là. Il me conseille de traverser ce parc bordé de marécages puis de longer un canal jusqu’à la source de la Somme. Au début, c’est une piste cyclable roulante puis c’est un chemin de halage avec quelques zones de dragage bien boueuses. Les panneaux indicateurs précisent 3h de balades à pied pour rejoindre la source. Il me faudra 4 fois moins de temps en vélo. Je crois bien que c’est la première fois que je vois la source d’un fleuve. C’est étonnant de la voir ainsi en pleine campagne, non loin du village de Fonsomme. Ses abords sont bien aménagés avec des murs de pierre et une grande mare. La Somme fait 245km et forme à l’Est d’Abbeville, une des plus grande baie de France. La pluie commence à tomber et cela risque de durer toute la journée. Je discute avec un marcheur qui me raconte avoir déjà 4 fois fait le Paris – Roubaix en amateur. On est d’accord ensemble que dans la vie il faut faire des choses comme cela pour avoir, plus tard, cette fierté toute personnelle d’avoir fait quelques chose d’unique. Au village suivant, je profite des commerces pour m’acheter un gros Pain Bagnat dans une boulangerie.  Je quitte la Picardie pour rentrer dans le Nord. Le temps n’y est pas meilleur ! J’attaque les premiers tronçons pavés par celui nommé en l’honneur de Jean Stablinsky, ancien champion du monde mais jamais vainqueur de Paris- Roubaix. C’est lui qui avait proposé d’emprunter la trouée d’Arrenberg pour le Paris- Roubaix et c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a une autre stèle à son nom au départ de ce tronçon devenu le plus fameux. Ce premier tronçon a surement été restauré car il est impeccable. Certes les pavés sont humides mais avec mes gros pneus, il y a peu de risque de glisser. A Viesly, je m’arrête dans un petit bar. La patronne accepte que j’y mange mon pique-nique que j’accompagne d’une bonne Leffe. J’aime bien cette ambiance de petit bar de campagne et ce qui m’amuse c’est qu’il faut que je sois dans ce concept de voyageur à vélo qui demande un lieu sec pour sa pause de midi. En temps normal, je ne vais jamais dans ce genre de bar car je m’y trouverais mal à l’aise. Je reprends ma route alors que la pluie s’est arrêtée et que je me suis bien réchauffé. Petite frayeur un peu plus loin avec un chien qui court vers moi. Heureusement, ses maitres l’appellent et il me semble bien qu’il était plus joueur que vraiment dangereux car il n’aboyait pas. Ma progression avec ce vent qui continue à souffler dans mon dos est rapide et je prévois d’arriver en début d’après-midi à Valenciennes. J’essaye de joindre au téléphone sans succès Manuel, mon hôte Couchsurfing, pour lui demander s’il me sera possible d’arriver plus tôt que prévu. J’arrive à Valenciennes vers 15h15, sous la pluie et après quelques autres tronçons de pavés ou de chemins. J’attends Manuel devant le théâtre Phénix dont il est voisin. Je laisse mon vélo dans le parking souterrain de sa résidence. Je suis moyennement rassuré de le laisser là pour la nuit car je n’ai qu’un petit câble-cadenas Je l’accroche à un tube d’évacuation des eaux. Après une douche, Manuel me guide vers la place d’Armes. Je me balade autour et passe un peu de temps dans le centre commercial donnant sur cette grande place. Je passe le temps en dégustant un thé et une pâtisserie. Je suis un peu déçu par le peu de choses à voir dans le centre-ville. Retour chez Manuel. J’y bouquine un peu ses livres et BD car lui est absorbé par ses cours d’espagnols sur internet. L’ambiance est un peu plus chaleureuse avec Warmshowers car nous avons vraiment des goûts en commun. C’est un peu moins le cas ce soir-là. Nuit sur un clic-clac.

 

L’étape : 91km. 4h44. 19.2km/h de moyenne. 716m de D+

 

11/05//14 : 

Départ 9h avec une traversée de Valenciennes en passant devant la gare. Piste cyclable ensuite en direction d’Arrenberg. Le vent a tourné et est moins favorable pour moi. La porte du Hainault, ancien site minier, bien conservé, marque l’entrée de la trouée d’Arrenberg. Ce sera le lieu d’une étape du prochain tour de France, le 9 Juillet. La drève des boules d’Hérin, autre nom pour ce tronçon, n’est finalement pas très impressionnante. Je la pensais plus pentue. Certes les pavés ne sont pas terribles mais en VTT avec 140mm de débattement, on n’est à peine malmené. Les tronçons de pavés s’enchainent. Plus loin, un tronçon est dédié à Marc Madiot, vainqueur en en 1985. Je suis étonné de voir aussi peu d’autres cyclistes. Je n’en ai vu aucun autre sur les pavés et seulement quelqu’uns sur des petites routes. Finalement, entre les écureuils, lapins, renard et perdrix, j’aurais vu plus d’animaux que de cyclistes lors de ces 4 jours.   Le centre-ville d’Orchies est typique du Nord. Je prends une photo de cette veille entreprise de Bonneterie de 1860. Elle me fait penser à celle de mes arrière-arrière-grand-père, arrière grand père et grand-père de Lille. Après Bersée, je raccourci un peu mon circuit en empruntant une bonne piste cyclable car avec ce vent très fort bien souvent défavorable et mon souhait de ne pas rater le train de 16h à Lille, il ne faut pas que je tarde de trop. De plus, je ne sais pas encore où je pourrais m’acheter à manger. Coup de bol, je tombe sur une rencontre de clubs de foots. Une baraque à frites attend les spectateurs et joueurs lorsque les matchs seront finis. Je profite donc pour commander, comme chez Bienvenue chez les Ch’ti la fameuse frites Fricadelle. C’est bien gras mais cela fait du bien. Je ne tarde pas et reprend le vélo. Un peu plus loin, avant Pont à Marcq, sur un chemin, je roule sur une petite branche qui se coince dans mon dérailleur arrière. Et crac, il casse net. Je suis dépité car c’est déjà la 3ème fois que cela m’arrive sur ce vélo. Il me faut donc enlever le dérailleur, raccourcir la chaîne pour essayer de continuer en single speed, ce qui n’est pas gagné d’avance. Ma solution de rechange serait d’appeler un membre de ma famille habitant aux alentours de Lille.Heuresuement, j’ai de la chance, car il m’est possible de continuer à rouler ainsi. Mais je fais une croix sur Roubaix car je ne me vois pas faire ainsi les 40km restants alors que je suis au plus proche de Lille, seulement 17km. Le vent est dans mon dos pour ces derniers kilomètres et le parcours est plutôt plat. J’ai mis mon GPS en mode guidage, au plus court et en vélo afin de ne pas passer mon temps à regarder la carte. Finalement, j’arrive Place du Général De Gaulle à 13h30. Auparavant, place de la République, je discute avec un jeune s’apprêtant à partir sur un jeu de piste à vélo dans les rues de Lille. Je roule un peu dans les vieilles rues de Lille, tente de joindre sans succès mon oncle Henri, puis m’offre une gaufre à la cassonade et un chocolat chaud pour fêter ce Paris – Roubaix – Lille. J’envisage déjà de revenir pour faire, comme il se doit, les derniers kilomètres et arriver au vélodrome de Roubaix. A 16h02, je prends un TER jusqu’à Amiens puis, dans la foulée, un autre pour Rouen.

 

L’étape : 68km. 3h53. 17.4km/h de moyenne. 607m de D+

Au total: 368km (mais 400km en arrivant à Roubaix), 20h de vélo, 2940m de D+, environ 50% de chemins, pavés ou pistes cyclables.