De la Sierra de Guara aux Bardenas en VTT

Samedi 22 : De Bougival à Boltana

Je vais chercher Jean-Michel à coté de chez lui à 6h40. Les vélos sont déjà depuis le week-end précédent chez Cyrille qui a donc pu anticiper le chargement de son Toyota Rav4. Il pleut et ce mauvais temps devrait nous suivre jusque dans les Pyrénées si les prévisions sont justes. Heureusement, le temps ne se sera pas aussi mauvais que prévu. Nous faisons une route sans problèmes en nous relayant à tour de rôle au volant. Le passage des Pyrénées se fait par le tunnel de Biesla que j’avais déjà pris des années auparavant. Du coté français, il reste encore de la neige sur les versant nord. Par contre, coté espagnol, les versants sont beaucoup plus sec et les rivières presque taris. Nous arrivons à 17h15 au camping de Boltana , quelques kilomètres après Ainsa. Nous croisons le petit groupe de la semaine précédente qui semble bien fatigué. Ils n’ont pas eu des conditions météo très clémentes, parait-il. Nous rencontrons aussi les 2 autres personnes qui composeront notre petit groupe de 5. Il s’agit de Paul et Gérard, 2 copains de travail ayant la cinquantaine et venant de Nice. Nous faisons enfin connaissance avec Guillaume qui sera notre guide en VTT, de Frank et de sa copine Milla (une finlandaise finissant ses études à Toulouse et étant en vacances) qui s’occuperont de l’intendance. Guillaume encadre pour la 1ère fois ce circuit, mais il a passé la semaine précédente où il était en congés avec sa copine, pour faire du repérage. Même s’il ne connaît pas entièrement le parcours, il nous assure qu’avec les conseils des autres guides, de leurs notes et des cartes à sa disposition, il ne devrait pas avoir de soucis. Notre premier repas est une bonne plâtrée de pâtes, signe que notre première journée de VTT sera dure. Nuit sous la tente à peine perturbée par quelques ondées.

 

Le 24/05/05 : De Boltana à Nocito

Une longue montée nous attend d’entrée de jeu : plus de 10km jusqu’au village déserté de Morcat. Nos quinquagénaires sont un peu à la peine, mais pas tant que cela finalement. Nous voyons tournoyer nos premiers vautours, ce qui sera le cas tous les jours suivants. Nous entrons maintenant dans le parc de la sierra des Guara. Les dénivelés se font plus doux et les pistes que nous empruntons sont bien roulantes. Avec Cyrille, j’ai la surprise de voir un renard s’enfuir à notre approche. C’est la première fois que je vois ainsi un renard. Nous faisons notre pause pique-nique au bord d’un Rio, après une descente grisante. Nous croisons un groupe de 8 vététistes français déjà vu la veille. Ils font en fait le même circuit que nous, mais avec un autre organisme. Une petite ondée créera une petite panique et accélérera notre continuation en vélo. Encore une grosse montée nous attend avant d’atteindre un plateau faisant pas mal penser aux causses du midi de la France. Nous faisons un passage par une église d’un village abandonné avant de revenir un peu sur nos pas pour une descente bien technique par un sentier. Pas toujours très facile : il faut éviter les gros cailloux bien sur, mais aussi éviter de trop se frotter aux buissons très piquants. Nous perdons pendant un moment Jean-Michel et Paul qui ne souhaitaient pas prendre nos raccourcis. Plus loin, le passage d’un Rio nous oblige à nous tremper les pieds, mais pas les chaussures que nous tenons à la main, pour passer de l’autre coté. La fatigue de cette journée commence à se faire sortir. Il nous reste pourtant 13 Kms d’une bonne piste pour rejoindre le petit village de Nocito et son camping semi sauvage (une grande prairie et des sanitaires) . Le temps aura été frais pendant toute cette journée d’autant que nous aurons souvent eu du vent de face. Nocito est un joli petit village qui visiblement joui de bonnes subventions pour rester attractif et ne pas dépérir comme de nombreux autres villages. Nuit froide avec encore une fois une ondée pendant le nuit.

 

Le 25/05/05 : De Nocito à Loarre.

Surprise au réveil : les tentes sont gelées. On ne pensait pas qu’il avait fait aussi froid pendant cette nuit. Je suis obligé de gratter le toile avant de plier la tente.

Comme tous les matins, le petit-déjeuner est copieux. Nous portons notre pique-nique de midi, en général une salade mixte, du fromage un bout de pain, un fruit et des barres de céréales à volonté pour la journée.

La journée commence par une piste en montée sur plusieurs Kms. Lors d’une pause, un bruit de fuite d’air se fait entendre sur mon vélo. Il s’agit de l’amortisseur avant qui perd tout son air. Bizarre ! Peut-être que l’entretien que j’avais demandé avant de partir n’a pas été fait assez sérieusement ? Nous voilà embêter car ma fourche et vraiment trop molle et nous n’avons pas sur nous la pompe spéciale qui permet de regonfler le l’amortisseur. Paul, heureusement, a une solution avec une cartouche d’air comprimé. L’effet est immédiat mais trop efficace : l’amortisseur se détend d’un coup sec et l’amortisseur devient rigide tant la pression est désormais élevée. A cela s’ajoute que le cartouche et l’amortisseur se refroidissent d’un coup sec à cause de la détente de l’air. Un petit ajustement de la pression et nous voilà repartis. Nous quittons la piste pour un agréable sentier qui longe un lac quasiment vide. Arrivés au barrage, nous faisons un détour vers un 2ème barrage. Le chemin est superbe, taillé dans la paroi, il doit même passer par quelques tunnels. Nous devons maintenant nous attaquer à une grosse montée caillouteuse et avec vent de face. Heureusement, la piste devient ensuite plus roulante et nous profitons maintenant d’une belle vue sur le Salto de Roldan et la plaine de Huesca. Pique-nique au soleil avant de rejoindre le Salto de Roldan que nous gravissons à pied (2 passages en via-ferrata) pour profiter d’une large vue, à la fois sur les Pyrénées enneigées, la plaine de Huesca et vers la suite de notre périple, à l’ouest. La fin de cette journée sera bien fatigante pour tout le monde, la piste étant de moins en moins roulante dans les derniers kilomètres. Nous arrivons crevés au camping de Loarre, qui se situe 2 kms plus bas que le château de Loarre que nous avions en ligne de mire depuis plusieurs heures. Frank et Milla ne sont pas là mais ils ont installé la grande tente mess, toutes nos tentes à sécher et, quel bonheur, ils nous ont préparé un copieux goûter dont nous avons bien besoin. Halte très agréable dans ce camping confortable et quasiment désert.

 

Le 26/05/05 : De Loarre à Aguërro.

Guillaume propose à Cyrille et moi une boucle supplémentaire de 22kms car sinon la journée se limiterait à 35kms. Cette boucle nous fait revenir sur nos pas jusqu’au village d’Anès, avant de grimper fortement vers de haut de cette sierra. La montée est ensuite heureusement plus douce vers le fin. Une descente par un chemin technique nous attend alors. On se croirait dans le sud de la France à rouler ainsi dans la rocaille, sous les pins et avec ces odeurs de thym. Nous remontons par la route vers le château de Loarre où nous attendent Jean-Michel, Paul et Gérard. Nous visitons rapidement ce grand château-monastère construit audacieusement sur un gros rocher. Pendant ce temps, les autres stressent car Paul aurait égaré les clés du cadenas qui emprisonne leurs vélos. Finalement les clés seront retrouvées par terre non loin des vélos. Nous partons alors tous ensemble par une piste à flanc de coteau. Je manque de chuter dans une épingle à cheveu d’une route car mon pneu avant est fortement dégonflé. Il s’agissait d’une crevaison par une épine que je réparerais pendant la pause pique nique que nous prenons à l’ombre car le temps est maintenant bien au beau fixe et qu’il commence à faire chaud. Il nous faut d’ailleurs nous protéger des coups de soleil, surtout du coté gauche car nous passons toute cette semaine à aller d’est vers l’ouest. La suite de la piste nous fait passer vers de beaux points de vue, à la fois sur les vautours de plus en plus nombreux dans le ciel et sur les Mallos de Riglos et d’Aguërro. Il s’agit de gros monolithes de plus de 300m de haut, vestiges de sédiments compactés au fil des siècles. Encore une fois une descente technique nous permet de vite descendre dans le fond de la vallée et vers le village de Riglos. Ce village, situé sous un gros mallos attire de nombreux grimpeurs venus soit s’entraîner soit s’affronter à cette grande paroi. Suivant de vagues indications d’une commerçante, nous prenons une piste en direction du pont qui va nous permettre de rejoindre la route vers Aguërro . Encore une fois, la fin de cette étape est bien dure : chaleur et fatigue se font durement sentir dans ce faux plat montant. Nuit au camping.

 

Le 27/05/05 : D’Aguërro à Pigalo

Encore une journée commençant par une longue montée, en fait une piste devenant de plus en plus pentue au fil de km. Seul, Guillaume arrive à tenir jusqu’au bout sur son vélo. Descente piégeuse entre boue et gros cailloux. Comme de nombreuses fois, nous constatons que nous avons de la chance car quelques jours avant la boue devait rendre ces chemins impraticables. La piste que nous suivons passe maintenant au pied d’une longue muraille naturelle survolée par des dizaines et des dizaines de vautours. Une petite option nous fait monter à un col pour aller voir une très large vue sur la chaîne des Pyrénées. Nous pique-niquons avec l’autre groupe de vététistes que nous n’arrêtons pas de croiser à un beau point de vue. Nous voyons désormais pas mal de chevaux semi sauvages ainsi que quelques vaches. La piste, faite de boue séchée, n’est pas très confortable surtout pour ceux qui n’ont pas de suspensions intégrales. Superbe descente vers la vallée de Pigalo où nous devons faire notre 1ère nuit de camping sauvage. Mais des gardes forestiers nous interdisent même de planter les tentes. Nous sommes donc condamnés au bivouac. Baignade dans les vasques du Rio de Luesia. L’eau est vraiment fraîche mais cela fait du bien de faire un brin de toilette. Nous installons notre bivouac près d’un refuge non gardé situé plus haut que la rivière. La haute technologie rejoint le sauvage car Cyrille sort son PC portable pour y décharger nos photos et aussi nos données GPS, puisque nous sommes 3 à être équipés de GPS Garmin. Chacun s’installe comme il peut pour une nuit à la belle étoile qui pourrait être finalement un peu fraîche. Pour une fois, je vais pouvoir dormir confortablement car j’ai pu repérer, en trempant mon matelas gonflable dans une vasque, repérer le trou qui faisait qu’il s dégonflé très vite. Une simple rustine fera l’affaire. Nuit pas trop difficile. Je m’étais heureusement un peu protéger du vent en me mettant contre un mur du refuge.

 

Le 28/05/05 : De Pigalo au Rio Aragon

La piste remonte une dernière fois sur les crêtes de la sierra de Santo Domingo qui se terminent par un alignement impressionnant d’éoliennes. On en voit d’ailleurs aussi beaucoup à l’horizon. La piste descend maintenant à travers les champs pour remonter légèrement vers la piste de crête qui surplombe le village de Castilliscar. Nous pique-niquons sur cette crête à l’ombre d’un gros rocher branlant. Passage dans le village avant de traverser à bonne vitesse la plaine cultivée. La chaleur est éprouvante et notre arrivée à notre campement au bord du Rio Aragon et bien à l’ombre est la bienvenue. L’eau de la rivière est encore une fois notre seul moyen de faire une bonne toilette.

 

Le 29/05/05 : Du Rio Aragon au désert des Bardenas

Après un passage à travers le village de Carcastillo, nous prenons la piste qui suit pendant quelques kilomètres un canal d’irrigation. Ensuite, il est temps de bifurquer et de rejoindre ce fameux désert, un des seuls déserts d’Europe. D’ailleurs, nous entendons le vol des avions de chasse puisque ce lieu sert aussi de base d’entraînement pour l’armée de l’air espagnole. L’endroit n’est pas si désert en fait. Certes, il n’y a pas d’arbres, mais beaucoup d’endroits sont cultivés. On trouve aussi quelques baraques de berger et quelques touristes aussi, à pied ou en vélo, quasiment tous français. Nous prenons le temps par moment de nous écarter un peu de la piste pour nous amuser un peu en dehors des chemins. Nous nous attaquons ensuite à une des seules vraies montées de cet endroit. Il s’agit de la montée au sommet du Rallon qui domine tout ce désert. La montée est rude mais nous offre une belle vue d’ensemble et notamment sur le fameux toboggan que nous prendrons un peu après. Nous profitons d’un rare lieu avec un peu d’ombre pour notre pique-nique et une courte sieste. Le chemin devient sentier et serpente le long des crêtes pour arriver à ce fameux toboggan. C’est un passage pas très long, 200m maximum, mais qui descend en serpentant sur des dunes de terre aux belles couleurs ocre. Le début de la descente est très raide et impressionne un peu. Le reste est pur plaisir. Nous restons ainsi un bon moment le temps de faire de belles photos et de nous filmer dans cette descente. Le paysage est vraiment chouette. Il me rappelle les parcs américains de Bryce Canyon ou de la vallée de la Mort. Il nous faut par la suite retrouver l’endroit choisi où Frank nous a mis un jerrycan d’eau pour notre ravitaillement. Nous prenons ensuite un sentier qui longe un cayon ou plutôt un barranco. Un chemin très technique et varié car il passe à la fois dans des endroits boueux que dans d’autres très secs et caillouteux. Au pied d’une cheminée de fée, nous avons la surprise de voir une équipe de tournage pour une pub pour la Modus. A voir prochainement à la télé ? Encore quelques kilomètres de pistes et nous voilà dans notre gîte, petite oasis au milieu de nulle part. Un gîte très confortable qui nous change de nos nuits en camping et de nos 2 dernières nuits en bivouac. Comment toujours la soirée passe vite entre goûter, toilette, apéro et repas. La question est encore une fois de savoir comment gérer l’emplacement des ronfleurs ou plutôt du ronfleur à savoir Jean-Michel dont la réputation est en fait bien exagérée. Cyrille, qui a récupéré les photos de chacun sur son portable, nous propose une soirée diapo modernisée en cette veille de fin de notre circuit.

 

Le 30/05/05 : Du gîte au point de rdv avec le bus qui doit nous ramener à Boltana.

Il s’agit d’une demi-étape puisque le rdv est à 13h. Nous parcourons la partie sud des Bardenas d’ouest en est par de larges pistes. Un dernier passage dans un barranco et une dernière grimpette impossible pour un point de vue et il ne nous reste plus que quelques kilomètres avant de retrouver la route et le bus. Je surprends les autres en criant dans une descente car je suis content de voir que mon vélo vient fièrement de passer le cap de ses 5000 km avalés depuis son achat 2 ans et demi plus tôt. Au lieu de rdv, nous retrouvons aussi l’autre groupe de cyclistes car ils prennent le même bus que nous. Ils auront eu des étapes un peu plus confortables que nous et aussi un peu plus de pauses dans des bars. Tout le matériel et nos vélos rentrent juste dans la camionnette. Dernier pique-nique en attendant le bus qui nous ramènera en 3h à Boltana.

Après une bonne douche et les adieux avec cette bonne équipée, nous prenons la route du retour après une petite pause shopping à Ainsa pour certains. Nous nous arrêtons un peu avant 21h dans une zone commerciale de Toulouse dans un hôtel First Class. Repas dans un Pizza Paï avant de se coucher tôt.

 

Le 31/05/05 : De Toulouse à Bougival (en voiture !)

Lever à 5h30 pour une arrivée à 12h 30 chez Cyrille. Déchargement, lavage de mon vélo, apéro. Retour sur La Celle St Cloud avec Jean-Michel puis sur Bougival pour moi.

 

Bilan :

- Une très bonne semaine de VTT dans des décors superbes même si j’ai retrouvé chaque fois du déjà vu ailleurs (sud de la France, parcs de l’ouest américain,…).

- Moi et Cyrille étions inscrits sur le parcours le plus sportif mais par manque de participants, nous avons dû nous inscrire avec le parcours un peu moins sportif. Guillaume a très bien géré malgré tout les desideratas de chacun en nous proposant quelques variantes et en ‘poussant ‘ un peu les autres dans leurs limites physiques.

- Du très beau climat passant du plutôt frais et humide en début de semaine au franchement chaud et sec pour la fin du parcours.

- De très beaux chemins avec une majorité de pistes et quelques beaux sentiers techniques. Un circuit de 382 km.

- Une bonne organisation de Vélorizons. Encore une fois, après mon précédent voyage au Maroc, je ne suis pas déçu par leurs prestations.

- Moi, Cyrille et Jean-Michel, nous nous serons bien amusés à découvrir les possibilités de nos GPS respectifs. On a ainsi le tracé exact de notre parcours mémorisé pour une éventuelle prochaine fois ou pour d’autres.